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A collection of Albanian Grammar e-books


 
La mise en place du Translator’s Workbench (TWB):
Posted on Monday, September 24 @ 06:27:56 EDT
Topic: French Articles

TranslationLocalizationInterpretationDTP & Printing


 
 
Concurrence avec
SYSTRAN et élément humain

I Préliminaire

S’appuyant sur la Charte des Langues, l’Union européenne (UE) poursuit une politique dite “des onze originaux”, ce qui se traduit dans la pratique par le fait que chaque citoyen de l’UE peut s’adresser aux Institutions de l’Union dans la langue communautaire de son choix, et que toute publication officielle de l’UE doit se faire dans les onze langues officielles. Si l’on songe à la nécessité de traduire ces publications, nul besoin d’être mathématicien pour estimer la quantité de combinaisons (ou couples) de langues possibles: 110. Bien sûr, chaque couple de langues ne revêt pas, dans la pratique, la meme importance; mais même en se restreignant aux deux langues de travail de la Commission, l’anglais et le français, comme langue source ou langue cible, on obtient 38 couples de langues. Lors d’un prochain élargissement de l’UE, mettons à 15 langues, ce chiffre passerait à 54.


La diversité linguistique est loin de jouer un rôle majeur dans les discussions sur l’avenir de la Maison Commune, puisqu’elle constitue
un fait en soi. Cependant, l’important effort financier et le temps de travail que nécessitent l’interprétation et les traductions, ainsi que les enjeux politico-linguistiques qui y sont liés, ont pour conséquence qu’il sera difficile de faire beaucoup plus longtemps l’impasse sur ces questions, dans l’optique de l’élargissement. Face à de telles perspectives, il est capital de prendre en compte tous les moyens réduisant le temps et le coût du volume de traduction et par conséquent de considérer toutes les modalités possibles d’aide à la traduction. C’est ce qu’a réalisé la Commission européenne en mettant en place EURAMIS, qui rassemble la totalité des modalités jusqu’ici disponibles dans ses services, non seulement juxtaposées mais intégrées et combinées, et y adjoint une mémoire de traduction.
2
D’après REINKE, ce type d’évolution vers l’intégration, partant de systèmes isolés pour aller vers une véritable “Translator’s Workstation”1 n’est pas un phénomène propre à la Commission, mais est observé un peu partout. Plus généralement, il relève de l’accélération récente en matière d’outils de communication, qui tend à intégrer une somme d’outils et de modalités sur un unique support (stations, consoles multimédia, etc).
II Evolution et tendances: Quels changements?
Les évolutions récentes relatives aux outils d’aide à la traduction à la Commission sont:
· la mise en place d’un nouvel outil d’aide à la traduction
· les changements organisationnels qui en découlent (et qui sont présentés en détail ailleurs dans ce numéro)
· l’intégration et la combinaison des modalités au sein d’un système unique
Cette intégration revient, en soi, à une globalisation, -toutes les modalités sont rassemblées en une-, accompagnée d’un surcroît
d’importance, -un important outil est ajouté-, pour son public cible. Quoique SYSTRAN soit appelé à rester en activité, les efforts actuels et à venir seront concentrés sur le nouvel outil d’aide à la traduction, le TWB. Le changement de priorité, même s’il ne s’agit pas, en soi, du remplacement de l’un par l’autre, revient tout de meme à déplacer le “centre de gravité” de la traduction automatique vers la traduction assistée par ordinateur, du moins pour les traducteurs, les responsables, et pour ce qui est des ressources dévolues au développement. Tandis que SYSTRAN est à la disposition de tout employé de la Commission européenne, (et pas seulement des traducteurs),
traducteurs et autres employés ne disposent pas d’un même accès aux différentes modalités proposées par EURAMIS, pour des questions de puissance et de coût du serveur d’une part, mais aussi pour d’autres motifs. Ainsi, par exemple, le TWB est-il réservé au Service de traduction (SdT), car il nécessite des compétences de traducteur. Avec
1
UWE REINKE, “Der rechnergestützte Übersetzungsarbeitsplatz im Wandel. Von den isolierten Einzelsystemen zur integrierten ‘Translator’s Workstation’” 169 in ANGELIKA LAUER et al (éd, 1996) Übersetzungswissenschaft im Umbruch. Festschrift für Wolfram Wilss zum 70. Geburtstag Gunter Narr, Tübingen.
3
la mise en place du TWB pour les utilisateurs, il n’est pas clair que SYSTRAN puisse encore gagner de l’importance, dans la mesure ou une importante proportion des développements risque d’être interrompue. Il est envisageable que le service proposé reste donc globalement en l’état, et le nouvel outil, le TWB, n’étant pas destiné au
fonctionnaire non traducteur, on peut en déduire que, pour celui-ci, cette évolution sera quasi transparente, indécelable. Dans le public cible, en revanche, les traducteurs, les
changements sont considérables, dans la mesure où ils voient s’accroître le nombre de modalités disponibles (un important outil vient s’ajouter à ceux disponibles), et se modifier le cadre de leur utilization puisque ces outils sont, ou seront à l’avenir, intégrés les uns aux autres, interdépendants.
III Caractéristiques et aspects notables du TWB
Le concept-clé du TWB est l’aspect répétitif des documents à traduire: Le Translator’s Workbench fait en sorte que vous n’ayez jamais à traduire deux fois la même phrase2. Tel est le slogan du TWB. Pourtant les avis divergent sur la question de savoir à quel point la traduction de phrases et de documents répétés constitue ou non une partie importante du travail d’un traducteur à la Commission européenne. Ainsi, c’est l’adéquation même du TWB aux besoins de la Commission qui en est en cause.
L’Atelier de traduction (AdT) tient compte de cette question et, dans son étude destinée à déterminer de quel groupe thématique du SdT émanent les documents qui sont le mieux ou le moins bien adaptés au traitement du TWB, l’élément de répétition des documents constitue pour l’instant le seul critère de sélection. Les traducteurs de l’AdT ont pu constater que la proportion de documents répétitifs à traduire dépend beaucoup des groupes thématiques. Les tests effectués pendant environ 18 mois ont montré
que les document du groupe thématique A, Affaires Générales et Administratives, Budget et Contrôle Financier, se prêtent le mieux au
2
TRADOS GMBH Produktinformation “Trados Translator’s Workbench” Stuttgart (sans mention de date).
4
traitement du TWB, aussi ce groupe thématique a-t-il été choisi pour une première vague de formation durant la phase pilote. L’inadéquation de certains domaines remet-il en question l’opportunité de mettre en place le TWB? Il me semble que ce n’est pas
le cas, pour la raison suivante: la traduction assistée par ordinateur (TAO), en l’occurrence le TWB, ne pourra jamais convenir de manière égale à la totalité de ses utilisateurs et conviendra inévitablement mieux aux exigences et aux besoins de certaines catégories de traducteurs. Ceci est encore plus valable pour la traduction
automatique. Rappelons-nous l’ambitieux projet EUROTRA, qui a mené à la conclusion qu’un système de traduction automatique pour toutes les langues et tous les besoins à la fois avait peu de chances d’aboutir. Telle est également la réflexion du responsable de l’AdT3, qui compare (déférence gardée), le SdT à une usine de chaussures: “Il
faudra toujours des chaussures de différentes qualités pour répondre à différents besoins; des ‘chaussures de maître’ entièrement faites à la main, chères et de haute qualité; des “chaussures de classe” mais de moindre qualité, dont une part de la fabrication est réalisée par la machine, et les chaussures de tous les jours”. Finalement, la question de savoir s’il faut préférer un outil efficace mais n’intéressant profondément qu’une minorité, ou une modalité moins performante, mais passablement utile à tous, rejoint, en quelque sorte, un theme très discuté actuellement dans les milieux communautaires: vaut-il mieux concentrer les efforts financiers et les ressources en général sur certains thèmes clés restreints, précis, ou “arroser” un peu tous les domaines, avec, somme toute, une bien moindre garantie d’efficacité. A qui douterait de l’aspect novateur d’un outil tel que le TWB (étant donné que le principe d’une mémoire de traduction est déjà une idée ancienne), on répondra que la différence essentielle entre le TWB et un outil d’aide à la traduction “traditionnel”, basé sur une mémoire de
traduction, réside dans le fuzzy matching, ou “concordance partielle (ou floue)”. Tandis qu’un outil traditionnel ne trouve que des sequences de traduction identique à 100%, le TWB est capable de présenter la traduction de phrases qui sont seulement similaires à la phrase source. Ceci constitue un progrès considérable et un des atouts majeurs du
TWB, d’autant plus que le traducteur peut lui-même modifier à sa convenance les paramètres du système, tels que le pourcentage seuil
3
Entretien avec GERARDO CATÓN ALARCÓN, mai 1997.
5
d’analogie pour les séquences de traduction, et le nombre maximal de traductions proposée par le TWB. Cet atout représente toutefois en même temps un risque notable: des séquences de traduction répondant au pourcentage d’analogie souhaité, légèrement différentes dans la structure syntaxique, peuvent présenter des différences sémantiques importantes. Dans certains cas particuliers, certes fort rares, deux séquences de traduction (phrases) peuvent être identiques à 100% en apparence, mais différer de sens, comme par exemple dans les phrases suivantes, qui presentment chacune deux interprétations possibles: “Flying planes can be dangerous”; “Je t’aime plus que lui”, ou encore “Je vois le chien de mon ami qui dort sur le canapé”. Si dans un tel cas le traducteur se fie entièrement à la machine, la traduction peut contenir de graves erreurs. Mais revenons au cas précédent, où des légères differences syntaxiques peuvent éventuellement entraîner des differences sémantiques importantes. Ceux qui travaillent au développement du TWB en sont conscients, qui le mentionnent dans le mode d’emploi: “Small differences may alter the meaning of a sentence completely”4, sans pour autant apporter de solution. Quelques remarques s’imposent à propos du confort d’utilisation: un inconvénient provient du fait que le TWB suggère plusieurs traductions à comparer, à réviser et finalement à choisir ou non. Le document est découpé en séquences de traduction, a priori en phrases, et, à force de se concentrer sur chaque phrase séparément, le traducteur risque de perdre de vue l’intégralité de son document,
puisque le contexte dépasse la plupart du temps la taille d’une phrase, d’où un risque de manque de cohésion globale de la traduction. Ce possible manque de cohésion globale, d’homogénéité de la traduction, peut aussi être le résultat d’une autre particularité du TWB: La mémoire est constituée de traductions déjà existantes (et alimentée au fur et à mesure), qui sont le fait de traducteurs différents. Par conséquent le travail de traduction revient à une sélection d’extraits de différentes traductions dues à différents traducteurs, qui peuvent différer dans le style, puisque chaque traducteur possède son proper style et laisse son empreinte personnelle. Un tel mélange peut mener à un amalgame de styles. Cependant, il faut tempérer cette objection, dans la mesure où les traducteurs n’ont affaire qu’à des document administratifs, ce qui ne leur laisse pas, dans l’ensemble, une grande
4 TRADOS GMBH (1994-1996) Translator’s Workbench for Windows. User’s Guide 11, Stuttgart.
6
marge de manoeuvre pour apposer leur marque. La situation serait différente pour une traduction littéraire. En outre, ce risque concernant la stylistique est évidemment moins gênant pour la qualité de la traduction que des incorrections sur le plan syntaxique ou sémantique. Un bénéfice envisageable de la mise en place du TWB, qui compenserait largement le point évoqué plus haut, est que le travail avec cet outil pourrait “amener le SdT à se décloisonner”5 et permettre d’exploiter une certaine complémentarité entre les traducteurs, qui pourraient profiter du travail de leurs collègues, en particulier de leurs
compétences dans les langues de spécialité. Un autre aspect est celui de la diachronie. Une langue n’est pas une matière inerte, à jamais statique, mais évolue au fil du temps particulièrement dans des domaines qui connaissent une progression rapide (technologies d’information et communication, environnement, par exemple). Si les traductions archivées aujourd’hui demeurent longtemps dans la mémoire de traduction, les traductions proposes des années plus tard par le TWB risquent d’avoir vieilli. Ce qui peut constituer un inconvénient pour la traduction peut également se reveler un atout pour les linguistes: la mémoire de traduction reflétera l’évolution des langues dans l’UE, constituant, en quelque sorte, des archives linguistiques. Encore faudra-t-il que les chercheurs puissent y avoir accès, et qu’il soient prêts à se restreindre à l’idiome du milieu administratif communautaire. Cette masse centrale présentera peutêtre également l’avantage de constituer un élément important d’inertie et de résistance face aux néologismes et aux termes et expressions qui n’ont pour eux que d’être nouveaux et à la mode. Pour conclure sur ces aspects, il est évident que les risques et inconvénients du TWB présentés ci-dessus ne sont que potentiels, car il y aura toujours un utilisateur responsable de la traduction finale. En revanche, il est indispensable que celui-ci soit conscient des faiblesses du TWB, et particulièrement du fait que la machine sera toujours dépourvue de logique et de bon sens, même pourvue de réseaux neuronaux, et que la décision finale appartient au traducteur en dernier ressort.
IV Le TWB et SYSTRAN
5
COMMISSION EUROPÉENNE (1997) Workflow dans le nouvel environnement de travail du SdT 14 (Groupe de travail ‘TWB/EURAMIS’, document interne).
7
Un grand avantage du TWB est qu’il est disponible pour de nombreux couples de langues6, notamment les langues des potentiels nouveaux Etats membres de l’UE, à savoir, entre autres, la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, mais aussi certaines langues des actuels Etats membres non couvertes par SYSTRAN, comme l’indique le tableau suivant:
LANGUES DISPONIBLES AU TWB
ASI: autres langues asiatiques HEL: grec
(seulement LC) HUN: hongrois
BRA: portugais (Brésil) ITA: italien
CAN: français (Canada) MEX: espagnol (Mexique)
CAT: catalan NOR: norvégien
CZE: tchèque POL: polonais
DAN: danois POR: portugais
DUT: néerlandais RUS: russe
EUR: autres langues
européennes
SPA: espagnol
(seulement LC) SWE: suédois
FIN: finnois UKE: anglais (Royaume
Uni)
FRE: français USE: anglais (Etats-Unis)
GER: allemand WEL: gallois
Un éventuel élargissement de l’UE accompagné d’une multiplication des couples de langues est maîtrisable sans retard pour le TWB, car nombre de ces couples de langues existent déjà. Cet avantage du TWB doit être considéré avec précaution, car même si le TWB existe dans toutes ces langues, cela ne signifie pas que le couple de langues sera aussitôt opérationnel pour autant. Notons, en effet, que la mémoire est vide à l’acquisition du TWB pour une nouvelle langue, et celle-ci doit être alimentée, soit par une autre mémoire déjà existante, soit, dans le cas de la Commission, par des
traductions existantes sous format électronique grâce au logiciel complémentaire TAlign, comme cela a été fait pour les actuelles langues communautaires. Il est très difficile d’estimer le temps
6
TRADOS GMBH Translator’s Workbench for Windows. User’s Guide 127.
8
nécessaire pour que la mémoire d’un couple de langues soit suffisamment alimentée pour rendre le TWB opérationnel. Sans vouloir tirer des conclusions définitives concernant l’évolutivité de SYSTRAN et du TWB, il me semble utile de noter que
l’alimentation initiale de la mémoire qu’utilise le TWB pour render opérationnel un couple de langues prend certainement moins de temps que le développement d’un nouveau couple de langues de SYSTRAN. Alimentation et mise à jour du TWB ne nécessitent pas d’effort particulier: l’outil se nourrit d’être utilisé. La différence fondamentale
entre SYSTRAN et le TWB est qu’une mise à jour du TWB ne joue pas sur la complexité du codage de l’outil lui-même; seule la mémoire de traduction grandit, ce qui mène certes à une certaine complexité mais qui ne concerne que le stockage et l’accès aux données – traductions stockées. Rappelons que le TWB n’a pas vocation à remplacer SYSTRAN, mais que SYSTRAN restera toujours à la disposition des DG ainsi que
des traducteurs et intégré dans EURAMIS. Des tests effectués au sein de l’AdT ont montré que c’est la combinaison du TWB avec SYSTRAN, pour les huit couples les plus performants de SYSTRAN (EN-FR, ENES, EN-IT; FR-EN, FR-ES, FR-IT; ES-EN, ES-FR), qui semble donner les résultats les plus prometteurs. Cette combinaison de SYSTRAN et du TWB est appelé Méthode Eric7 d’après le nom d’un des collaborateurs de l’AdT: pour les phrases absentes de la mémoire pour lesquelles le TWB n’a rien à proposer de satisfaisant, une traduction par SYSTRAN est apportée. Le but est, bien sûr, de gagner du temps. Notons que le gain du temps estimé avec SYSTRAN était de 38% d’après les traducteurs, interrogés pour le volet “Expériences pratiques des traducteurs avec la TA” de l’étude de faisabilité. Dans cette même étude, on peut lire que: L’expérience de l’Atelier de traduction [...] démontre clairement que l’utilisation des mémoires de traduction, pour les textes qui s’y prêtent, permet un gain de temps d’environ 37,5%8.
7
COMMISSION EUROPÉENNE (1997) Atelier de Traduction. Rapport Final (document interne) Bruxelles.
8
COMMISSION EUROPÉENNE (1997) Etude de faisabilité sur la traduction automatique. Rapport final 13 Luxembourg.
9
On constate ainsi que le gain de temps apporté par SYSTRAN est, en l’état actuel, du même ordre que celui dû au TWB. Il faut toutefois garder à l’esprit que ces chiffres ne reposent pas sur des etudes comparatives, à savoir la traduction d’un même document de manière “humaine” et avec le système/outil en question. Dans le cas de SYSTRAN, ce sont les traducteurs eux-mêmes qui ont tenté d’estimer le temps gagné en se référant au temps moyen nécessaire à la traduction humaine d’un document. Dans le deuxième cas, les responsables de l’étude ont tout simplement comparé le nombre de pages traduites par jour et par traducteur dans l’AdT à la moyenne “humaine” correspondante au SdT. Ils en ont déduit le gain de temps. Il est en effet difficile d’estimer ce résultat par une autre méthode, étant donné le nombre important de paramètres en jeu, tels que le temps nécessaire à la constitution de la mémoire pour le domaine du texte à traduire, le choix des documents etc. Par conséquent, il n’existe pas encore de données quantitatives relatives au gain de temps obtenu en combinant le TWB et SYSTRAN.
Dans le cadre d’une combinaison, une partie (SYSTRAN) est appelée à compenser les faiblesses de l’autre partie (le TWB). Au sujet de l’importance à accorder à chacune des deux composantes (et à son développement futur), les défenseurs de SYSTRAN se montrent particulièrement critiques. Pourquoi, en effet, envisager de freiner le
développement de nombreux couples de langues de SYSTRAN, alors que SYSTRAN semble appelé à demeurer un de piliers d’EURAMIS, surtout pour une première phase au cours de laquelle les mémoires du TWB ne seront ni très riches, ni toutes opérationnelles? Pour leur part, les avocats du TWB considèrent que SYSTRAN ne constituera qu’un élément complémentaire dans EURAMIS. Si l’on considère le gain de temps estimé (tout en prenant ces chiffres avec précaution), en l’état actuel, les deux parties sont à égalité. En revanche, si l’on considère le nombre d’utilisateurs, on se rappellera que SYSTRAN est utilisé par plus de deux mille fonctionnaires de la Commission, qui n’auront pas accès au TWB, alors que le TWB ne sera peut-être pas même mis à la disposition de tous les traducteurs. Une chose est cependant claire: l’égalité des langues ne s’applique pas à SYSTRAN, d’une part à cause de la lourde tâche que constituerait le développement de nouveaux couples de langues, et d’autre part parce que certains couples de langues se prêtent mal (notamment ceux qui comprennent l’allemand en tant que langue cible) ou particulièrement bien (le couple FR-ES) au traitement par
10
SYSTRAN. Globalement, SYSTRAN n’offre que de médiocres perspectives de développement ultérieur: impossibilité de faire face simultanément aux couples résultant d’un élargissement; inégalité des couples devant la difficulté, la qualité et les perspectives d’amélioration; augmentation de la lourdeur du système au fil de sa mise à jour9. Le TWB pour sa part, est théoriquement en mesure de proposer une même qualité pour tous les couples et d’avancer au même rythme de développement dans toutes les langues (même si, dans la pratique, les deux langues de travail sont évidemment plus utilisées et les texts dans ces langues alimentent donc majoritairement la mémoire) sans
accroissement de la complexité du système même (quand bien même a mémoire elle-même grossit), donc sans difficultés à envisager, autre que le stockage, au fil de l’enrichissement de la mémoire. Mettant toutes les langues sur un pied d’égalité, le TWB correspond mieux, d’une certaine manière, à l’esprit communautaire.
V Conséquences pour le traducteur, le TWB et la créativité du
traducteur, perspectives d’acceptation
Dans les Unités thématiques du SdT concernées par la mise en place du TWB, les plus touchés dans leur activité seront naturellement les traducteurs eux-mêmes, mais également les secrétaires, qui verront s’élargir leur champ de travail. Le changement majeur, pour le traducteur, suite à l’implémentation du TWB, sera la disparition de tout
le travail de recherche documentaire, qui constitue actuellement une des étapes non négligeables10 du travail. Cette tâche sera alors effectué par les secrétaires au niveau des groupes thématiques. On aborde ici l’avantage majeur qu’apporte le TWB au niveau de l’organisation du travail. Au lieu d’une recherche documentaireeffectuée par le traducteur lui-même (soit dix fois pour un meme document à traduire), ce travail ne sera effectué qu’une seule fois pour toutes les langues par des secrétaires qui travailleront dans des équipes multilingues. Libéré du travail préparatoire, le traducteur
9
Ce point faible majeur de SYSTRAN provient de sa structure même: la base du système est constituée par les dictionnaires dans lesquels doivent être stockées les données. Cela signifieque chaque exception, particularité, expression idiomatique, doit être codée. Cela revient à répertorier chacune de ces particularité et, pour chacune, trouver une règle pour l’exprimer, la coder, de sorte que SYSTRAN puisse en faire un usage correct: la détecter, l’utiliser si
nécessaire de la bonne manière et dans le contexte approprié. Impossible de compliquer ainsi le système sans lourdement pénaliser ses performances.
10
COMMISSION EUROPÉENNE Workflow dans le nouvel environnement de travail du SdT p 11.
11
pourra se consacrer à un travail stylistique d’homogénéisation, avec à l’esprit le risque d’hétérogénéité du texte, décrit plus haut et dont sont conscients les responsables du TWB, en l’occurrence une traductrice de l’AdT: Ce “peaufinage” stylistique est absolument indispensable pour compenser les effets de “saucissonnage” du texte11. Il n’empêche que l’amalgame de différents styles, suite à un mélange de traductions effectuées par plusieurs traducteurs n’est pas seulement inhérent au TWB. Comme nous allons le voir, cet element est déjà présent lors de la traduction “humaine” d’un gros document et le TWB pourra même contribuer, paradoxalement, à réduire ce risque.
Traduit de manière “classique”, à savoir humaine, un document de 120 pages est subdivisé en quatre parties12 et le travail de traduction est réparti entre quatre traducteurs, le produit étant relu et révisé ensuite. Avec le TWB ce même document ne sera divisé qu’en deux et distribute à deux traducteurs, qui disposeront chacun de la même mémoire de traduction dans le TWB. Une autre approche, entendue à l’occasion, des consequences pour le traducteur de la mise en place du TWB, est la suivante: “libéré du travail préparatoire, le traducteur devra accepter une charge de travail plus importante ou des délais plus réduits”. Les présentations du TWB émanant du SdT et de Trados mettentl’accent sur la créativité du traducteur, qui sera, selon eux, toujours mise à contribution. Ainsi, la description du TWB par Trados, affirme que les outils tels que le TWB laissent la partie créative du travail au traducteur, profitent de son savoir-faire et lui apportent un soutien considérable en lui proposant des traductions existantes13.
11
MONIQUE SCOTTINI in Workflow dans le nouvel environnement de travail du SdT p 11.
12
op cit.
13
TRADOS GMBH Produktinformation “Trados Translator’s Workbench”.
12
Assisté par les services de support prévus, qui assureront la partie “préparation” mentionnée plus haut, “le traducteur intervient pour la partie ‘noble’”14. Imaginons le cas extrême, qui dans l’immédiat n’est pas envisageable, à savoir une mémoire disposant de toutes les séquences d’un document à traduire, le traducteur n’effectuant alors
qu’un travail de révision des séquences. On pourra toujours affirmer que la mémoire aura été alimentée par des traducteurs. La traduction sera donc toujours le résultat d’une traduction humaine. Ceci constitue la différence principale entre un système de traduction automatique tel que SYSTRAN et un outil d’aide à la traduction tel que le TWB: SYSTRAN traduit et le TWB propose des traductions stockées dans la mémoire de traduction. Il est évident que ces arguments, destinés à favoriser l’acceptation du TWB en préservant l’orgueil individuel et collectif des traducteurs, sont à relativiser. S’il est un domaine sur lequel SYSTRAN comme le TWB risquent d’empiéter, d’autant qu’ils s’amélioreront globalement au fil du temps, c’est bien celui de la créativité des traducteurs. Ceci n’est peut-être pas étranger au fait que de nombreux traducteurs du SdT ne font jamais appel à SYSTRAN.
On a en effet pu noter, à la lecture de l’étude de faisabilité, la réticence d’une forte majorité de traducteurs à employer SYSTRAN: 70% des utilisateurs potentiels du SdT n’y ont jamais recours, alors que ce pourcentage descend à 25% pour les non-traducteurs. La raison invoquée le plus souvent (environ 45%) de part et d’autre, chez les non-utilisateurs (SdT ou non) est “je ne sais pas comment utiliser ce système”. Une réponse qu’il faut considérer avec précaution (chez  les traducteurs). En effet, rien ne permet de supposer qu’un traducteur sur trois soit incapable d’avoir recours à un système de TA (sachant que cette technique fait désormais partie du cursus de nombreuses écoles de traduction), alors que dans le même temps, seul un nontraducteur sur huit serait confronté à des difficultés analogues. On peut donc hasarder quelques hypothèses: un certain refus inavoué -peu de traducteurs manifestent une hostilité de principe à la TA- de céder la place ou de reconnaître des compétences à la machine, en particulier face à un système automatique. Une forme d’inertie, de conservatisme, face à une changement qui touche profondément leur métier (ce qui,
14
DIMITRI THEOLOGITIS (avec A BLATT et S DEL PINO) La traduction avec les nouveaux outils. Réunion du Sous-comité interinstitutionnel Bruxelles, 11 décembre 1996 (document interne de la Commission Européenne).
13
bien sûr, n’est pas le cas des non-traducteurs) n’a rien d’étonnant. Notons que la qualité des résultats n’est manifestement pas en cause; elle n’est pour ainsi dire jamais citée par les traducteurs comme raison de non-emploi.
La question se pose alors de savoir si le TWB ne risque pas de connaître le même sort. Si cette réticence provient d’un refus de principe de renoncer (même partiellement) au travail, au jugement, à l’élément humain, alors le TWB connaîtra sans doute des difficultés analogues d’acceptation. Si, en revanche, il apparaît clairement aux utilisateurs que le TWB leur évite de réinventer la roue à chaque fois, tout en leur laissant, en outre, une liberté totale de jugement dans le choix des options proposées par le TWB, alors les conditions d’une large utilisation de cet outil (donc de rentabilité) seront réunies. Cette question reflète, en fait, une question plus générale qui se
pose actuellement dans le domaine de la TA: l’avenir appartient-il à la traduction assistée par l’ordinateur seule? Selon certains, “Pour la majorité des besoins [...], la THAM (traduction humaine assistée par la machine) est actuellement la seule voie réaliste”15. Ainsi, à l’avenir, “Il ne s’agira plus de choisir entre le traducteur ou l’ordinateur, mais de faire cohabiter l’ordinateur et le traducteur”16. Il reste à voir si les esprits se révéleront plus perméables à la traduction assistée par ordinateur qu’à la traduction automatique, du moins, en ce qui nous concerne, dans une population qui rassemble une bonne partie de la crème des traducteurs européens.
Conclusion
Véritable Tour de Babel avec, pour l’instant, ses onze langues officielles, la Commission et son SdT constituent un cadre exceptionnel, un laboratoire absolument unique pour s’intéresser à un thème comme celui de la traduction automatique. Alors qu’avec la mise en place de SYSTRAN la Commission donnait accès à tous ses employés à une modalité de traduction automatique. Elle ne poursuit plus aujourd’hui dans cette direction,
15
MAURICE GROSS / HERVÉ BLANCHON “Promesses et problèmes de la ‘TAO pour tous’. Après LIDIA-1, une première maquette” 21 in JEAN-RENÉ LADMIRAL et al Langages: Le traducteur et l’ordinateur 116 (déc 1994).
16
JEAN-RENÉ LADMIRAL (déc 1994) “Le traducteur et l’ordinateur” 10 in JEAN-RENÉ LADMIRAL et al
Langages: Le traducteur et l’ordinateur 116.
14
puisque l’outil du TWB sera réservé au SdT. Les outils d’aide à la traduction tendent donc, en quelque sorte, à redevenir, à la Commission, une affaire de traducteurs.
Le TWB et SYSTRAN représentent chacun une approche différente de la TA. Comparer les mérites de l’un ou l’autre procède certes de l’anthropomorphisme. On peut cependant comparer les mérites, l’ambition de ceux qui sont à l’origine, qui imaginent les
concepts de ces modalités et les développent. Au premier abord, SYSTRAN répond à une démarche plus ambitieuse, plus méritante, plus belle: recréer le processus intellectuel de la traduction (cette approche montre aussi ses limites aujourd’hui, qui ne sont peut-être que celles de la technologie actuelle, l’intelligence artificielle n’en étant
qu’à ses balbutiements). Ce système est, en quelque sorte, un robottraducteur.
La démarche des créateurs du TWB paraît moins noble, moins brillante, moins admirable. Il s’agit de fabriquer un robotarchiviste. Mais le TWB répond, en fait, à un autre aspect de l’intelligence humaine: sa capacité à apprendre, son pragmatisme et,
en quelque sorte, à une valeur que les hommes découvrent depuis peu: le recyclage. Une autre erreur serait de voir SYSTRAN comme un système indépendant, capable de tout traduire à partir de rien et le TWB comme un robot impuissant dès que privé de sa mémoire. En effet, le TWB ne doit pas être dissocié de son réservoir, sa bibliothèque, qui fait partie intégrante du concept, tout comme SYSTRAN serait incapable de fournir une traduction sans ses propres dictionnaires et répertoires de règles grammaticales.
En outre si l’on veut s’imaginer dans les siècles à venir SYSTRAN et le TWB portés à leur étape ultime de développement, force sera de constater que l’un comme l’autre sera en mesure d’apporter le meme résultat, une traduction parfaite: l’une, réalisée par le robot-traducteur parfait, l’autre réalisée par le robot-archiviste de la bibliothèque
universelle de BORGES17. L’intervention humaine (post-édition optionnelle dans un cas, sélection dans l’autre) aura ainsi, dans les deux cas régressé au point de disparaître. Pour le demandeur, le résultat sera identique (une traduction parfaite) à la sortie de la “boîte noire”; comparer les mérites n’aura pas de sens. On s’aperçoit que la traduction automatique et la traduction assistée par ordinateur convergent en quelque sorte, et se rejoignent finalement.
17
JORGE LUIS BORGES (1995) “La Bibliothèque de Babel” in Fictions Gallimard, Collection La Croix du Sud.
15
Enfin, si l’on quitte la Bibliothèque de Babel pour la Commission, on se rappellera qu’il n’y a pas lieu d’attribuer plus ou moins de mérite à l’une ou l’autre approche. En effet le TWB n’est pas mis en place pour supplanter SYSTRAN, mais pour lui être combiné, pour permettre à EURAMIS d’apporter une assistance qui soit la plus efficace possible
aux traducteurs. Le fait que le développement dans ce domaine se fait désormais dans l’axe du TWB garantit, somme toute, que le traducteur sera appelé à conserver un rôle dans le processus. Cependant, au fur et à mesure des progrès du TWB, la contribution humaine régressera. Même si l’histoire de la TA nous amène à supposer que les chances sont faibles de voir l’ordinateur parvenir un jour, par la qualité permanente de ses traductions, à supplanter le traducteur, on observe aujourd’hui que les diverses modalités de TA, soulagent le traducteur d’une partie de sa tâche ou, d’un autre point de vue, confisquent une partie de son travail. Les progrès de la TA signifient certes, à terme
pour le traducteur, même s’il reste présent et participe18, une reduction de l’aspect créatif de son travail, mais également une réduction de l’aspect répétitif de son métier, qui n’est pas le plus valorisant. En outre, n’oublions pas que la mise en place d’EURAMIS répond à la nécessité de faire face à une demande déjà trop forte pour les moyens du SdT. A ceci s’ajoute la perspective de l’arrivée de nouveaux Etats membres. Ainsi, selon toute probabilité, et même avec de puissants outils, il restera toujours suffisamment à faire (voire toujours plus) au SdT.
La mise en place de la traduction automatique illustre également un phénomène tout récent: l’automatisation, l’informatisation et la robotisation, après avoir provoqué depuis environ vingt ans la suppression d’une proportion considérable d’emplois chez les cols
bleus, permet désormais de réduire la tâche des cols blancs, des professions intellectuelles. Ainsi, même si EURAMIS n’est pas destine à supplanter les traducteurs, des systèmes et outils de plus en plus efficaces contribueront tout de même, à l’avenir, à réduire la contribution, l’influence “humaine” et à imposer d’importantes mutations au sein de cette profession.



H
EIDI ULRICH
Université de Nantes
France
18 Ce thème de la place de l’homme dans la TA est développé en détail dans Langages: Le
traducteur et l’ordinateur, note 16.



Bibliographie
COMMISSION EUROPEENNE (1997) Atelier de Traduction. Rapport Final Bruxelles
(document interne)
COMMISSION EUROPEENNE Etude de faisabilité sur la traduction automatique.
Rapport final
COMMISSION EUROPEENNE (1997) Workflow dans le nouvel environnement de
travail du SdT (Groupe de travail ‘TWB/EURAMIS’, document interne)
JEAN-RENÉ LADMIRAL et al (1994) Langages: Le traducteur et l’ordinateur 116
(décembre)
LAUER ANGELIKA et al (éd) (1996) Übersetzungswissenschaft im Umbruch.
Festschrift für Wolfram Wilss zum 70. Geburtstag Gunter Narr, Tübingen
THEOLOGITIS DIMITRI (avec A BLATT et S DEL PINO) (1996) La traduction avec les
nouveaux outils. Réunion du Sous-comité interinstitutionnel Bruxelles
(document interne de la Commission Européenne)
TRADOS GMBH Produktinformation “Trados Translator’s Workbench” Stuttgart
TRADOS GMBH (1994-1996) Translator’s Workbench for Windows. User’s Guide
Stuttgart

 


 
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